2015-02-03 Centre « Dumitru Staniloae »: Yvan Koenig – Patristique: conférence: La Bible d’Alexandrie : la Septante.

14 février 20150 commentaires

2015-02-03 Centre « Dumitru Staniloae »: Pr. Yvan Koenig – Patristique: conférence: La Bible d’Alexandrie : la Septante. (audio mp3, podcast et vidéo)

Pr. Yvan KoenigTroisième conférence de Patristique du professeur Yvan Koenig en l’année académique 2014-2015 porte sur la Bible d’Alexandrie: la Septante.

Le Pr. Yvan Koenig assure les cours de Patristique (voir le programme complet des cours) dans le cadre du Centre Orthodoxe d’Études et de Recherche « Dumitru Staniloae » (année universitaire 2014-2015).

La Bible d’Alexandrie : la Septante: Résumé

1. Les judéens en Égypte

De tout temps l’Égypte fut une terre d’accueil pour ceux qui ne pouvaient supporter la famine dans leur région (cf. histoire de Joseph), ou encore pour ceux qui y étaient persécutés (cf. La fuite en Égypte de la sainte famille). Néanmoins l’image de l’Égypte restera avant tout négative dans la Bible en raison de l’Exode. Cette image se prolongera avec les Pères de l’Église. Dans l’Antiquité plusieurs communautés importantes de Judéens vont s’installer en Égypte. Par exemple les mercenaires qui s’établiront à Éléphantine vers 580 au sud du pays près de l’actuelle ville d’Assouan ou encore Onias IV, fils d’un grand-prêtre de Jérusalem assassiné 170 s’établira dans le Delta du Nil. Dans les deux cas ces communautés érigeront un lieu de culte. À Alexandrie, la situation est un peu différente. Les Judéens sont nombreux, ont des « maisons de prière » (gr. proseukhai) et un statut relativement enviable pendant la période des Ptolémées. Mais la situation changera radicalement avec la domination romaine. Les Judéens vont perdre leur statut et seront assimilés aux Égyptiens, ils seront contraints de payer la même taxe. L’antagonisme entre Judéens et Grecs va croître en raison de « cette origine –statutaire et fiscale » (S. Mimouni) et seront la cause des heurts violents qui vont opposer les deux communautés.

2. Les Traductions de la Bible

Dans l’Antiquité, la Septante s’appliquer deux réalités différentes. Dans la tradition judéenne hellénophone ce sont les cinq livres de la Torah de Moïse (le Pentateuque), mais dès le IIe siècle la Septante pourra désigner l’ensemble de l’Ancien Testament.

Nous avons un document la « Lettre d’Aristée » qui date du début du IIe siècle de notre ère, qui nous donne beaucoup de détails sur cette traduction du Pentateuque. Mais le texte semble largement légendaire entrecroisant des traditions issues du Deutéronome avec d’autres provenant de l’Exode. La traduction est très largement appréciée par la communauté des Judéens et Philon d’Alexandrie (milieu du Ier siècle PC) la considère comme équivalente en valeur à la version hébraïque.

La critique que fait Ben Sira auteur du Siracide entre 137 et 117 AC, ne semble pas cohérente avec le contenu du prologue de sa traduction.

Au noyau initial des cinq livres, d’autres traductions se sont progressivement ajoutées dont des textes écrits directement en grec et qui ne figurent pas dans la Bible hébraïque (voir les tableaux ci-joints). On peut noter que la traduction ne sera pas utilisée qu’en Égypte, mais aussi en Palestine. On a mis en valeur récemment l’existence d’un judaïsme de langue grecque qui semble s’être maintenu assez longtemps, c’est pour cela qu’il faut nuancer l’affirmation selon laquelle le rejet de la traduction de la Septante serait lié à son adoption par les Chrétiens Néanmoins le judaïsme élaborera de nouvelles traductions plus proches du mot-à-mot du texte hébraïque.

3. L’importance spirituelle de la traduction

Comme l’a souligné le P. Placide dans son introduction à la traduction des Psaumes, la Septante n’est pas une simple traduction, car entre le texte hébraïque et le texte grec, il y a toute la marge d’une « relecture », « c’est-à-dire une réinterprétation faite en fonction du progrès de la révélation. C’est une ouverture au monde païen et « l’adaptation du message au monde grec, n’était pas un amenuisement par mode de concession ; c’était un épanouissement par mode de conquête. »

4. La Septante – Bible de l’Église

Bien des citations et des allusions à l’Ancien Testament que l’on trouve dans le Nouveau Testament dérivent de la Septante. Ce qui a eu une grande importance pour la fixation d’un certain nombre de termes clefs de la tradition tant doctrinale que liturgique. Dans ces conditions, comme le relève le P. Placide, pour les Pères de l’Église, la Bible « authentique » ne pouvait être que la Bible grecque des Septante.

On ne peut que souligner l’importance du texte biblique. Ainsi pour saint Maxime le Confesseur le Verbe « a accepté de s’incarner et de s’imprimer dans les lettres, les syllabes et les mots » de l’Écriture. Il est vrai que les logoi des créatures comme ceux de l’Écriture ne sont pas de nature divine … mais l’Écriture n’est pas moins une incarnation divine et seule l’exégèse qui contemple les logoi de la « loi écrite » qu’est l’Écriture… est une exégèse véritable. Une telle exégèse, connaissance de l’Écriture dans l’Esprit, ne peut être réalisée que par l’illumination de l’Esprit Saint (Cf. Vasile Mihoc, « Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme » in : Astérios Argyriou, Chemins de la christologie orthodoxe, collection Jésus et Jésus-Christ 91, Desclée, 2005, p. 176-177. L. Thunberg, Microcosm end Mediatot. The Theological Anthropology of Maximus the Confessor, Lund 1965 ; 2e éd. Chicago-La Salle, 1995, p. 171.).

Yvan Koenig

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Sur l'auteur ()

Retraité depuis peu, Yvan Koenig a été chercheur au CNRS, enseignant à l’EPHE et à l’Institut Catholique. Égyptologue, il s’est spécialisé dans le déchiffrement et la publication des papyrus. Il a également traduit du grec moderne plusieurs ouvrages de spiritualité orthodoxe publiés aux éditions de l’Âge d’Homme et aux éditions du Cerf. Il est professeur invité à l’Institut Saint Serge (théologie ascétique).

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